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Les Echos - Louvre Gestion

7 mars 2008 -   Bourse : des opportunités à saisir

 
Charles Firmin-Didot ///

/// Axa Investment Managers

 
Martial Godet ///

/// BNP Paribas Invest. Partners

 
David Pastel ///

/// Pastel & Associés

 
Bruno Vanier ///

/// Edmond de Rothschild AM


  • Quel regard portez vous aujourd'hui sur l'évolution de l'économie ...

  • Quel regard portez vous aujourd'hui sur l'évolution de l'économie américaine ?

David Pastel
Je reviens des Etats-Unis. A mon sens, l'économie américaine est déjà en récession. Les dirigeants d'entreprise avec lesquels j'ai discuté m'ont tous dit qu'il ne fallait pas se voiler la face et qu'il ne fallait peut-être pas le dire trop haut, mais que les Etats-Unis étaient bien en récession. En terme d'opportunité d'investissement, c'est davantage une occasion à saisir. Il ne s'agit pas de craindre ce qui est en train de se passer. Il faut plutôt essayer d'en profiter parce que le fait que les investisseurs aient anticipé la récession et le fait qu'elle soit là ont eu pour conséquence des baisses boursières phénoménales dans certains secteurs. Plutôt que d'essayer de lire dans les entrailles du marché pour savoir ce qu'il va se passer, il faut se demander s'il y a aujourd'hui des sociétés qui sont maintenant à des niveaux très intéressants. Ma réponse est qu'il y en a de plus en plus aux Etats-Unis et, par un effet de contagion, ailleurs. Lorsque nous nous plaçons dans une perspective d'investissement à cinq ans qui est la nôtre et qui doit être, à mon avis, celle de l'investisseur en actions, je pense qu'il y a des choses à faire. Beaucoup de cours ne reflètent plus que la valeur intrinsèque des sociétés. Ces cours présentent par ailleurs des marges de sécurité dans le sens où les sociétés en question bénéficient depositionnements concurrentiels très forts, d'équipes de direction de haut niveau et de structures bilancielles très satisfaisantes.
Je suis très positif sur les Etats-Unis à cinq ans pour un certain nombre de secteurs et de sociétés. Je pense que les marchés boursiers sont là pour nous proposer des prix. C'est à nous de choisir de considérer ces niveaux de prix comme des points d'entrée, de sortie ou de ne rien faire. Au cas par cas, secteur par secteur, société par société.

Bruno Vanier
Les investisseurs se sont fait peur sur les Etats-Unis, notamment sur la très forte baisse de la croissance, voire sur la récession. Je pense que nous pouvons affirmer qu'elle est présente aux Etats-Unis. Donc elle est de fait reflétée (du moins en bonne partie) dans les cours sur le marché des actions américain, qui est le marché le plus efficient du monde. Je pense effectivement que nous avons dans une perspective à cinq ans de belles occasions d'achat. Les marchés anticipent au moins de six à douze mois le plus bas de l'économie. Nous devons encore nous attendre à de mauvaises nouvelles économiques. Mais, à partir du moment où les mauvaises nouvelles ne font plus baisser le marché, je pense que c'est vraiment le moment d'acheter. Certaines valeurs représentent aux cours actuels de véritables opportunités d'investissement.

Martial Godet
Je ne partage pas entièrement l'optimisme de mes collègues... Il me paraît malgré tout probable que, dans les six mois à venir, nous aurons l'occasion d'acheter peut-être significativement plus bas. Je pense qu'il est difficile d'attendre aux Etats-Unis une stabilisation réelle de la Bourse et de l'économie tant que le marché immobilier n'a pas trouvé son point bas. Aujourd'hui, que ce soit en terme de vente ou en termes de prix, nous n'y sommes pas. Il me semble encore un peu prématuré d'acheter.
Au Japon, même s'il y a de bonnes nouvelles sur la croissance au quatrième trimestre  tout le monde a été surpris par le chiffre de la croissance japonaise, nous sommes globalement dans un contexte d'aversion au risque qui n'est pas prêt de retomber avant quelques mois. Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra acheter avant le point bas, puisque le marché repartira peut-être de façon très rapide. Il sera difficile alors de prendre le train en marche. Mais nous aurons vraisemblablement l'occasion d'acheter plus bas que le niveau actuel. Pour les personnes qui sont déjà investies, il est prudent d'attendre. En revanche, pour ceux qui se sentent un peu en retard, en particulier sur certains pays émergents, après avoir manqué le rallye de 2006 et 2007, il y a peut-être là des situations qui sont à examiner. C'est en particulier le cas du marché chinois, qui est celui qui a le plus corrigé. Mais nous voyons que son rebond aujourd'hui n'est pas évident. Ce sont plutôt les marchés défensifs liés à des problématiques de matières premières qui se tiennent le mieux. C'est le cas du Brésil ou de la Russie.

Charles Firmin-Didot
Concernant l'économie américaine, je trouve que ce qui se passe est très sain. Nous en avions besoin. Cela offre un terrain idéal pour que les sociétés gérées par des patrons talentueux se démarquent par rapport aux autres. Pourtant les bonnes sociétés, souvent plus entrepreneuriales, ont presque plus baissé que les autres. C'est dans ce genre de contexte économique qu'elles font la différence avec les autres parce qu'elles n'ont souvent pas de dettes.

David Pastel
Je voudrais revenir sur ce que vous venez de dire sur les marchés nord-américains et sur le marché britannique, que nous n'avons pas encore évoqué. Je continue à dire que, d'après moi, il y a aujourd'hui des opportunités d'investissement qu'il faut saisir. En effet, nous pouvonsavoir une baisse supplémentaire des cours de Bourse de certaines valeurs du fait des anticipations des uns et des autres. Mais, sur la base des cours actuels, les taux de rentabilité actuarielle que nous pouvons espérer obtenir à horizon de cinq ans sont tels qu'il faut savoir ne pas attendre.
En particulier dans les secteurs de la distribution de détail spécialisée, le service aux entreprises et les matériaux de construction.

Martial Godet
Nous sommes assez d'accord sur le fait que, pour des personnes qui ne sont pas spécialement investies, il y a des opportunités d'investissement.

Bruno Vanier
Je voudrais revenir sur les marchés émergents dont les économies, en dépit de la crise américaine, continuent de très bien se porter. Les éléments structurels qui supportent cette croissance sont les suivants : la consommation domestique, les dépenses d'infrastructure et les commerces intra-émergents.


  • Les infrastructures vous paraissent-elles être un thème ...

  • Les infrastructures vous paraissent-elles être un thème d'investissement majeur aujourd'hui ?

Bruno Vanier
C'est un élément très important. Les pays émergents ont vraiment besoin de développer leurs infrastructures. On peut avoir l'impression que la Chine et l'Inde sont à peu près au même niveau. Ce n'est pas du tout le cas. Il y a une différence énorme de développement des infrastructures entre les deux pays. L' Inde a environ dix à douze ans de retard. En Chine, on parle de 500 milliards de dollars d'investissement dans les infrastructures. En Inde, il en faudrait au moins trois fois plus. La situation n'est pas celle du Japon dans les années 1990, pendant lesquelles on relançait la machine avec des politiques monétaire et budgétaire très accomodantes. Ces investissements, souvent peu utiles, comme la construction de ponts entre des îles peu habitées, n'ont pas apporté les fruits escomptés. En revanche, dans les pays émergents le besoin d'infrastructures est évident. On n'y fait pas n'importe quoi. Nous aurions pu nous le dire en Chine, notamment dans l'immobilier à un moment donné. Mais ce n'est plus le cas. En Chine, toutes les villes de 2 ou 3 millions d'habitants ont un aéroport international. En revanche, en Inde, à Delhi, l'aéroport n'est pas digne d'une grande capitale.


  • Comment un investisseur professionnel ou particulier doit-il gérer ses ...

  • Comment un investisseur professionnel ou particulier doit-il gérer ses investissements en Bourse dans un monde aussi changeant ?

Martial Godet
Dans un monde où les tendances changent de plus en plus rapidement, je pense que nous sommes tous à la recherche de signaux pertinents de rotation de portefeuilles.

David Pastel
Absolument pas.

Martial Godet
Nous nous rendons compte que, si nous faisons de la gestion réellement active, nous ne pouvons pas uniquement faire de la sélection de valeurs. Il y a des questions de taille de société (mid ou large caps) et de marché (allocations sectorielles et géographiques) qu'il faut aussi appréhender parce qu'elles recèlent de véritables sources de valeur.

David Pastel
Je suis en total désaccord. Je pense que l'investissement en actions consiste à sélectionner des sociétés que l'investisseur gardera cinq ou dix ans, une fois qu'il aura bien compris leur modèle, et à les accompagner dans leur développement. La gestion active, c'est cela.

Martial Godet
Nous pouvons aussi atteindre un niveau de valorisation auquel il faut prendre des profits, mais pas nécessairement à cinq ans.

David Pastel
Si le titre que vous avez acheté triple dans les six mois qui suivent, il est normal de se poser de saines questions sur la valorisation...

Martial Godet
Sur les Etats-Unis ou le Japon, votre approche est peut-être pertinente. Mais, sur les pays émergents où plusieurs marchés ont progressé de 20%, 40% voire 100% par an ces dernières années, nous sommes obligés de gérer activement l'allocation géographique et sectorielle afin de protéger les investissements de nos clients.

Charles Firmin-Didot
Il y a deux façons de voir cette gestion active. Comme vous le préconisez, il y a le «top-down», c'est-à-dire choisir d'abord les pays ou les secteurs avant de choisir les valeurs, ou alors le «bottom-up», c'est-à-dire choisir les valeurs sans faire de pari sur le choix des secteurs ou des zones géographiques. Nous faisons du «bottom-up». Si une société devient chère, nous vendons.


  • Quelles réflexions vous inspire l'évolution du prix des matières ...

  • Quelles réflexions vous inspire l'évolution du prix des matières premières ?

Bruno Vanier
Il se passe quelque chose de visiblement exceptionnel.Aujourd'hui, compte tenu de l'évolution de la situation aux Etats-Unis et en Europe, nous devrions avoir un pétrole à 40 dollars de moins au minimum.
Il est indéniable que le poids des pays émergents ait un impact non négligeable sur les cours des matières premières.

Charles Firmin-Didot
Le monde est de plus en plus en train de passer dans les mains de cartels. Que peut-on faire contre cela ? C'est un des grands défis auxquels nous sommes confrontés. Il y a encore, heureusement, quelques rares groupes d'entrepreneurs indépendants, mais ils ont peu de poids par rapport aux gérants privés ou publics, contrôlés par les mêmes actionnaires financiers. Sur les cartels, j'ai l'impression qu'au niveau des matières premières il est trop tard.


  • C'est vrai pour toutes les matières premières ou seulement dans le ...

  • C'est vrai pour toutes les matières premières ou seulement dans le domaine de l'énergie ?

Charles Firmin-Didot
C'est également vrai pour beaucoup de matières premières, dont de nombreux métaux et le ciment. A l'exception de quelques-unes d'entre elles... dont le soleil.


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